
C’est le moment de l’année où on le remarque enfin.
Alors que tout le reste du jardin est nu, le gui reste d’un vert éclatant, perché tout en haut des arbres.

Un arbre recouvert de gui
Vous êtes-vous déjà demandé comment ces boules de gui se retrouvent à pousser tout là haut ?
C’est une petite histoire de nature que j’adore raconter, car elle montre que rien n’est laissé au hasard.
Tout commence par un festin
En hiver, les baies blanches du gui sont le grand restaurant des oiseaux, et particulièrement de la grive draine.
Elles sont toxiques pour nous, mais pour la grive, c’est un régal.

Les baies du gui
Elle les avale entières, mais le gui a une ruse pour voyager : sa graine est entourée d’une colle naturelle ultra-puissante.
Une fois la baie digérée, la graine ressort intacte… et toujours aussi collante ! 🙃
C’est sa seule chance de survie : au lieu de tomber au sol et de s’y perdre comme les autres graines, elle reste solidement fixée à l’écorce de la branche où l’oiseau s’est posé.
Un voyage en hauteur
Ce « voyage en hauteur » est vital pour lui car, contrairement à une fleur ou un légume, le gui est incapable de pousser dans la terre.
Il n’a pas de racines pour puiser l’énergie de l’humus : s’il touche le sol, il s’épuise et finit par pourrir.
Pour vivre, il a besoin d’un hôte vivant : l’arbre.
Une fois collé à sa branche, il déploie un petit « suçoir » qui perce l’écorce.

Il ne se contente pas de s’accrocher, il se branche directement sur “les tuyaux” de l’arbre pour profiter de sa sève.
C’est ce qu’on appelle un hémi-parasite : il emprunte l’eau de son hôte, mais travaille tout seul avec le soleil pour rester vert quand la nature dort.
La trêve sacrée du gui
Si le gui nous intrigue autant, c’est parce qu’il semble suspendu entre deux mondes : il n’appartient ni à la terre, ni tout à fait au ciel.
Pour les anciens, cette position particulière lui donnait un pouvoir de protection unique.
On raconte qu’au Moyen Âge, il existait une règle de forêt inviolable.
Si deux ennemis jurés se croisaient par hasard sous un arbre chargé de gui, le combat n’avait pas lieu[1].
Ils devaient poser leurs armes au sol et respecter une trêve totale jusqu’au lever du jour.
Cette plante était perçue comme un médiateur, capable d’interrompre ce qui déborde, ce qui s’emballe, ce qui menace l’équilibre.
Le gui en herboristerie
Le gui occupe une place très particulière en herboristerie.
C’est une plante que l’on manipule avec une extrême prudence car ses principes actifs sont très puissants.
Comme on l’a vu, pour nous ses baies sont toxiques (ce sont elles qui contiennent le plus de viscotoxines, des protéines toxiques). On n’utilise que les feuilles et les jeunes rameaux, séchés.
Historiquement, le gui était employé pour « calmer ce qui monte trop vite », qu’il s’agisse du sang, du cœur ou du système nerveux.
On l’utilisait notamment pour :
- L’hypertension légère à modérée, grâce à son action vasodilatatrice douce et progressive.
- Les palpitations et l’anxiété associée, car il apaise le système nerveux sans provoquer de somnolence.
- Les vertiges et les bourdonnements d’oreilles liés à des troubles circulatoires.
- Certaines hémorragies, comme les saignements de nez ou les règles trop abondantes, en raison de ses propriétés hémostatiques traditionnelles.
| Mais cette puissance a un revers : les dosages sont délicats, les indications précises, et les erreurs peuvent être dangereuses.
C’est pourquoi il est essentiel de ne jamais le récolter ni l’utiliser à des fins médicinales sans l’accompagnement d’un professionnel formé. |
La nature regorge de ces plantes qui racontent des histoires.
En apprenant à les regarder autrement, on découvre que nos « mauvaises herbes » sont souvent nos meilleures alliées.
Connaissiez-vous ces anecdotes sur le gui ? Avez-vous d’autres histoires à partager ?
PS : Le nom latin du gui est Viscum. C’est à cause de sa colle naturelle, la viscine, que nous utilisons aujourd’hui le mot « visqueux » pour décrire tout ce qui colle ! 🙃
Source :
[1] https://www.roggen.ch/post/le-gui-squatteur-des-cimes

Bonjour Mathilde,
Je lis toujours avec un immense intérêt vos lettres et conseils sur les plantes leurs vertus et leurs bienfaits.
Bravo pour votre curiosité sans cesse renouvelée, et pour tout ce que vous êtes capable de faire. Pour ma part, malgré mon intérêt pour tout cela, je ne parviens pas à entrer ces pratiques dans mon quotidien, déjà surchargé (tout juste mon pain, et faire germer des graines, m occuper de mon petit jardin (arbustes et fleurs).
Merci pour ces explications sur le gui que je savais « hôte des arbres » (il y en a beaucoup le long de la Saône), j ignorais qu il faisait la joie de la grive. Je connaissais certaines de ses vertus, mon homéopathe me l a longtemps prescrit … Merci de nous partager votre savoir, il est si précieux en ces temps oû le vivant de la terre a été si ignoré… Merci d’être une passeuse de savoir🙏🏿❤Françoise
bonjour,
S’embrasser, sous une branche de gui, à minuit, le jour du premier de l’an porte chance.
Bonjour Mathilde,
Petite question sur la mauve dans 1L d’eau contre la constipation : 20g en infusion ou eau froide pour obtenir ce liquide turquoise que vous citez pour la cure de 3 semaines ?
Merciiiiii 🙏pour votre réponse.
Bien cordialement,
Carine Zehnacker
Merci Mathilde !
Bonjour Mathilde!
Non, je ne connaissais pas cette histoire sur le gui. Je savais simplement que c’était une plante sacrée pour les Druides.
Merci pour toutes ces informations.
Bon week-end et à bientôt!
Cordialement.
Maryse.
Pour NOEL ! en Provence on le ramasse ou on le décroche de l’arbre et on le suspend au-dessus des gens accrocher à un lustre. On disait qu’il portait bonheur….
Ont raconte que le gui placé au dessus de la porte d’entrée empêche d’entrer les mauvaises sorcières.
Bonjour Mathilde,votre histoire sur le gui m’a ravie,je vous remercie beaucoup. Tout ce que vous écrivez d’ailleurs,est pleinde poésie et très bien tourné. Je tenais à vous remercier,même si je ne m’abonne pas forcément pour autant.Je vis en Nouvelle Calédonie depuis longtemps.Encore une fois,merci pour vos écrits. Bien à vous